
Je voudrais aujourd'hui aborder un sujet un peu difficile, et clairement qui fait peur à beaucoup : la mort.
Ce sujet me touche particulièrement parce que j'y ai été confrontée dès le plus jeune âge. Je viens d'une grande famille, alors les chances de "perdre" quelqu'un sont plus grandes.
"Perdre" entre guillemets, parce que d'un regard d'enfant et de personne attachée au vocabulaire, soyons concrets : il n'est pas perdu, il est mort. Il a quitté le plan physique, et je ne pourrai plus prendre cette personne dans mes bras et sentir son cœur battre.
Le deuil le plus difficile que j'ai eu à faire, c'est évidemment celui de ma mère, morte l'année de ses 42 ans, juste avant mon dixième anniversaire. Un bouleversement dans ma vie, vous vous en doutez bien.
Je garderai en mémoire cette annonce terrible dans la maison de ma grand-mère — mon grand-père, son papa, était mort deux ans avant elle — par mon père : "On ne dit pas 'morte', on dit 'décédée'." Cette phrase comme un couperet. Le début du silence sur les émotions ressenties. Ne pas oser pleurer le jour de l'enterrement parce que les sanglots de mes tantes sont si bruyants. S'entendre dire qu'on est fortes parce qu'on ne pleure pas — avec ma sœur jumelle, toujours à mes côtés ❤️
Aujourd'hui adulte, je sais que je n'avais pas compris. Parce que les adultes n'avaient pas osé utiliser ce mot : morte. Oui, elle est morte. Je l'ai compris en me réveillant d'un rêve : je la vois arriver dans un fauteuil roulant — elle n'en a jamais eu — dans ce long couloir chez ma grand-mère, pendant que je joue aux jeux vidéo. Je lui fais un câlin, irréel. Je me réveille et je comprends : la mort, c'est définitif. Je ne la serrerai plus jamais dans mes bras, je ne sentira plus son odeur, je ne verrai plus ce regard attentif et attendri derrière ses lunettes, je ne glisserai plus mes doigts dans ces cheveux, je ne sentirai plus ses doux baisers dans mon cou. Sur ce plan physique, en tout cas.
Alors quand j'entends aujourd'hui des adultes empêcher les enfants de s'exprimer sur ce sujet — ne pas les laisser poser des questions sur les émotions ressenties, sur le futur, sur la mort elle-même — je me dis que notre culture judéo-chrétienne est encore bien présente.
Chaque âge amène une compréhension différente, évidemment. Mais s'il vous plaît : laissez les vivants parler tant qu'ils le sont. Laissez les questions fuser. Et faites-vous aider si besoin.
Parler de la mort fait partie de la vie.
Par Aline Talbaut — Éclats de Yoga / À voix haute